La FNARS Rhône Alpes fédère plus d'une centaine d'associations de la région Rhône Alpes oeuvrant dans le champ de la lutte contre l'exclusion. Notre réseau d'associations exerce une véritable mission de service public en accueillant chaque année près de 10000 personnes dans des centres d'hébergement et de réinsertion sociale. Au travers des chantiers d'insertion de notre région, c'est 4200 personnes qui bénéficient d'un accompagnement vers l'emploi durable.
Cette année encore, nous avons, avec les personnes dont nous partageons une part de vie, été confrontés à un contexte d’approfondissement d’une crise sociale, économique et politique, contexte où les inégalités se creusent entre les plus pauvres et les plus riches, où la pauvreté se massifie touchant de plus en plus largement et profondément.
Contexte où les réformes, sous la forme le plus souvent d’annonces médiatiques, se suivent vers plus de libéralisme, de concurrence non faussée, plus de responsabilité individuelle, plus de rationalisation.
Un contexte pourtant où les résultats ne sont pas à la hauteur des ambitions annoncées : une promiscuité de plus en plus grande dans les prisons, où l’absence d’accompagnement social crée les conditions d’une mise en danger et de suicides des personnes incarcérées, une réforme de l’ordonnance de 1948 qui substitue la répression à l’éducation et à la prévention, une volonté plus forte de fichage des adultes, des enfants à l’école dès le plus jeune âge,
un contexte où des orientations politiques criminalisent de plus en plus des groupes de personnes en les stigmatisant ou en les opposant : il y aurait les bons pauvres qui voudraient s’en sortir et qu’il faudrait aider et les mauvais pauvres qui eux ne mériteraient même pas un regard,
un contexte d’exclusion par la mise en place de quotas a posteriori pour des familles à expulser, poursuivant parfois jusque devant les écoles des enfants simplement parce que leurs parents sont sans papiers et poussant ainsi certains d’entre eux, par peur, à s’échapper définitivement par des fenêtres trop hautes.
Un contexte où les solidarités sont de moins en moins actives où les aidants citoyens et/ou les professionnels sont inquiétés,
un contexte où les solutions promises peinent à voir le jour comme celle-ci : plus personne à la rue ou sans emploi, on constate que les logements sociaux font toujours défaut avec un effort de construction loin des objectifs fixés, que le chômage s’accroît de façon très importante et touche massivement les jeunes…
Contexte de pression dans la mise en place, sans beaucoup de concertation, de réformes pourtant importantes car elles modifient de façon structurelle l’organisation et la répartition des compétences entre l’Etat et les collectivités territoriales en réorganisant en même temps l’organisation des administrations.
Contexte de pression pour les associations à qui l’Etat demande, en droite ligne, sur les territoires de se regrouper, de fusionner afin d’en diminuer le nombre et ainsi dans le même élan de les réduire à de simples opérateurs sans visions ni propositions politiques.
Pression forte qui nous applique le nez sur un guidon qui n’a plus guère d’équilibre pris que nous sommes au quotidien dans ce qui apparaît de plus en plus sur les territoires comme une absence de pilotage des politiques publiques, on s’engage petit à petit dans des réformes qui visent à réduire les coûts sans pour autant que soient engagés un réel diagnostic des besoins et donc une réelle réflexion sur l’offre.
Pris dans les logiques et contraintes des politiques libérales où le marché est le seul et unique déterminant, les politiques sociales et de santé ne peuvent être qu’un pis aller, un traitement à posteriori des dégâts collatéraux, elles viennent colmater, le plus souvent d’ailleurs imparfaitement, les brèches de la solidarité et de la cohésion sociale en matière d’éducation, de santé, d’emploi, de logement etc.
Des politiques contextualisées, énoncées et mises en place au coup par coup entraînant une perte totale de lisibilité à long terme, et font que les associations naviguent toujours à vue sans aucune vision d’ensemble passant de l’absence de crédit à la découverte subite d’une enveloppe dégagée d’on ne sait où pour répondre à l’urgence médiatique d’une situation, découverte qui suppose au pied lever et dans l’urgence pour les associations de déposer des projets.
Des associations en porte à faux quand l’Etat se désengage renvoyant parfois sans concertation la compétence au conseil général comme lorsqu’il s’agit de l’accueil et de l’accompagnement des familles avec des enfants de moins de 3 ans. Il en est de même de la Caisse d’Allocation Familiale qui, dans la Drôme comme précédemment dans le Rhône et la Haute Savoie, ne souhaite plus verser l’aide au logement pour les personnes en CHRS.
La situation n’est guère meilleure au niveau de l’emploi où la gestion, on pourrait dire la survie des chantiers d’insertion devient un véritable casse tête pour les associations malgré un Grenelle qui devait apporter des solutions : notamment le droit à l’accompagnement individualisé par un référent unique, le contrat unique d’insertion, de disposer d’un point d’entrée unique pour les demandeurs d’emploi, d’inscrire tous les bénéficiaires de minima sociaux et tous les jeunes de moins de 25 ans au Pôle Emploi, de disposer d’un droit universel à la formation professionnelle, de favoriser l’expression des usagers. De plus, sur ces structures, dans le cadre des directives européennes, se pose toujours la question de la sécurité juridique des services sociaux d’intérêt général.
Une fois de plus le bilan n’est pas conforme à nos attentes, face à cela on ne peut que comme en 2007 rappeler la nécessité d’avoir un réseau fort qui soit en capacité de peser dans les politiques sociales.
Pendant cette année 2008 que ce soit au niveau national comme à celui régional, nous nous sommes engagés dans de nombreuses actions : dispositif DALO, assises sur le travail social, participation aux différents grenelles etc. et dans notre région nous avons soutenu plusieurs associations en difficulté, nous avons manifesté avec des usagers à la DRASS, ce qui nous a valu une convocation à la police pour plainte, nous avons organisé une journée à Lyon de solidarité et de revendication, nous avons en toutes occasions fait preuve de d’une réelle mobilisation des associations.
Ainsi je pourrais évoquer dans ce rapport moral toutes les actions que nous avons menées dans notre région et qui furent cette année encore nombreuses, le travail au quotidien des associations, l’action des élus du bureau et du CA, des délégués départementaux et des salariés du siège toutes ces actions seront développées dans notre rapport d’activité.
J’ai, depuis ces années de Présidence, pu mesurer combien l’engagement dans les collectifs départementaux de nos adhérents était majeur, aujourd’hui les collectifs des ACI, grâce à la volonté des acteurs de terrain, se sont développés et renforcés et c’est un atout important pour les salariés en insertion.
Cet engagement quotidien demande du temps et de l’énergie à ceux qui s’y consacrent et d’être en mesure de pouvoir élaborer une pensée cohérente et collective, pensée politique au premier chef qui dans le contexte décrit est bien difficile à faire émerger, puis à partager. Notre réseau a une force : c’est qu’il part toujours des personnes, de leurs besoins et de leurs demandes et qu’il n’est pas replié sur des positions conservatrices qui maintiendraient coûte que coûte des dispositifs, des pratiques qui n’auraient plus cours.
Nous devons pourtant être vigilants à ce que nos associations et donc la FNARS continuent à prendre partie dans la vie de la cité et ne deviennent pas, faute de force, que des organismes gestionnaires pris uniquement et ponctuellement dans des logiques économiques. C’est la tentation dans cette crise profonde où on peut, à trop être plié, voir replié sur la tâche quotidienne et l’urgence, perdre la ligne d’horizon et ainsi le sens même du rôle et de l’existence historique et singulier des associations dans notre pays.
Nous devons engager notre énergie à maintenir dans notre réseau, par une pensée et une culture sans cesse mieux construites et partagées, une âme éclairée qui fasse que nous soyons toujours en mesure de faire des propositions porteuses d’avenir pour les plus exposés d’entre nous.
Dans le même mouvement, notre réseau, pour s’enrichir et être plus efficace, doit mieux collaborer avec les autres réseaux mais aussi s’élargir à l’ensemble des citoyens pour qui l’emploi, la santé, l’éducation, le logement sont aussi une préoccupation.
Nous avons besoin de tous car la tâche est, dans l’approfondissement de la crise, immense.
Je remercie fraternellement toutes celles et ceux qui ont fait cette année la FNARS Rhône-Alpes 2008, administrateurs, salariés, adhérents et citoyens-usagers.
Juste un tout petit mot de non conclusion, renforcer notre réseau c’est faire que les personnes que nous côtoyons, accompagnons, salarions, dépassent le statut et la parole d’usager et soient avec nous et nous avec eux, des citoyens acteurs de notre avenir.